Avec un
pseudo hérité de sa période Arts Appliqués,
Beb-Deum s'est rapidement fait un nom comme illustrateur de magazines.
Sélectionné pour faire partie du festival @rt Outsiders,
que nous avons évoqué dans le numéro 60 (octobre),
il était temps de s'intéresser de près à
ce créatif à l'univers si particulier.
Beb-Deum est sorti des Arts Appliqués en 1980 avec son diplôme
en poche."Très vite, j'ai fait de la prospection auprès
de magazines pour essayer de placer mes dessins", rappelle-t-il.
Pas fou, Métal Hurlant, l'engage pour réaliser de petites
bandes dessinées, qui seront d'ailleurs rassemblées pour
une publication en 1987. Depuis cette époque, il n'arrête
pas d'illustrer et de s'illustrer: Libération, Télérama,
Enjeux Les Echos, régulièrement, des publicités,
plus sporadiquement.
COINCER LA BULLE
Il suffit de regarder les créations de Beb-Deum pour apprécier
ce côté très BD (comme Beb-Deum d'ailleurs !). Et
pour cause, puisque le mâtin a déjà commis sept
albums. D'abord, Région étrangère avec
- excusez du peu - Dionnet parue aux Humanoïdes Associés,
ce qui semble normal lorsqu'on débute à Métal Hurlant.
"Un travail d'encre qui était mon premier outil de prédilection",
souligne Beb-Deum. Ensuite, viendront Bürocratika, réalisé
aux feutres sur un scénario propre, Ma vie est un bouquet
de violettes, toujours chez Albin Michel, et Surgir de l'onde,
entrer dans l'ombre, "un album qui était plutôt
constitué de textes illustrés".
"J'ai ensuite été contacté par un éditeur
japonais qui semblait apprécier mes travaux. Il m'a commandé
une histoire façon manga, La théorie des Dominos,
réalisée en noir & blanc aux feutres". En
tout, 200 pages édités en 1996 au Pays du Soleil Levant,
l'année suivante chez Casterman.
Beb-Deum a ensuite réalisé Eloge de la moue,
"plus une compil d'images qu'une véritable histoire"
et e-Dad, sa dernière BD sortie chez PMJ Editions. Toujours
au feutre. Car Beb-Deum ne s'est mis au numérique qu'en 1998…
grâce à son voisin.
"ENCRÉ" DANS LE NUMÉRIQUE
Il n'y a donc que deux ans que Beb-Deum a troqué feutre et papier
pour la palette graphique et le Mac. "En fait, j'aime évoluer
dans mon travail, comme tout en chacun. Je suis donc passé par
l'aquarelle, l'encre puis le feutre". C'est en discutant avec
son voisin de palier, Laudator, que l'envie lui prend de tenter l'aventure
numérique.
Pour lui, les avantages sont nombreux."J'ai toujours eu le
souci d'un image tendant vers la perfection, ce que m'offre le numérique".
Quitte à paraître un peu froid. "Oui, naturellement,
l'image a un côté un peu synthétique mais en même
temps très clair, aéré, qui convient parfaitement
à mon univers", souligne Beb-Deum.
Pour le matériel, il se contente d'un Mac G3 avec 300 Mo de RAM,
d'une palette graphique Wacom A4 et de Painter 5. "Je n'utilise
quasiment pas Illustrator et Photoshop", s'excuse-t-il, "Je
ne suis pas un technicien à l'origine. Je me suis formé
sur le tas et si les outils dont je dispose me suffisent, ou en tout
cas, ne me bloquent pas dans mes travaux, je ne vois guère l'utilité
d'en changer. Le numérique n'est qu'un outil; je ne suis pas
de ceux qui font la course à la mise à jour ou au soft
dernier cri. D'abord, parce que je n'ai pas le temps de me former, ensuite
parce que je crois que cela ne change rien à la dimension artistique.
Elle demeure ou non, quelle que soit la version des logiciels utilisés",
explique-t-il.
UN UNIVERS PARALLÈLE, PERPENDICULAIRE ET MÉTISSÉ
La griffe Beb-Deum est reconnaissable facilement pour qui aime s'y attarder.
"J'ai peut-être un style aisément identifiable
mais rien, réellement, de calculé. Je travaille à
partir de matériaux que me fournit mon quotidien et je les installe
dans mon univers". Un monde quelque peu Science-Fiction, type
Brazil ou Big Brother: "C'est vrai que l'on m'a catalogué
SF mais je ne cherche pas à décrire notre futur. Il s'agit
plutôt de la vision que j'ai de notre présent que je pousse,
il est vrai, dans ses derniers retranchements. Je me sens proche de
Moebius, qui a toujours représenté l'exemple, ou plus
récemment, de créateurs comme Beltran", souligne
Beb-Deum.
Et le cinéma? "Besson m'avait contacté pour Le
Cinquième Elément mais son univers était assez
peu commun au mien et on a abandonné. J'ai récemment réalisé
un projet d'affiches pour le dernier Corneau, Le Prince du Pacifique,
mais je crois que le distributeur va se rabattre sur une photographie
plus classique".
Les agences ont également fait appel à ses talents,"mais
rien n'a abouti; ils ont dû estimer que mon univers était
trop sombre, trop sarcastique pour l'étaler dans la rue".
Il semble que d'autres aient une opinion différente puisque le
festival @rt Outsiders l'a choisi parmi les quelques auteurs présentés
lors de la manifestation.
Beb-Deum est avant tout un auteur plutôt qu'un "artiste numérique",
"Même lorsqu'il s'agit d'une commande, tout en faisant
naturellement attention aux contraintes, j'emploie une démarche
d'auteur. D'ailleurs, c'est ce qu'on me demande". Souhaitons
que l'on continue à lui demander encore longtemps.
Stéphane
Malagnac
Création Numérique décembre 2000