Encouragé
par le photographe Laudator et
le dessinateur Fred Beltran, Beb-Deum délaisse petit à
petit ses pinceaux, son aérographe et ses feutres, pour apprivoiser
l'outil informatique. "L'ordinateur m'a toujours fasciné.
J'ai toujours été intéressé par l'image
numérique, parce qu'il me semblait qu'elle avait quelque chose
d'idéal, de fini, de palpable."
Diplômé
de l'Ecole supérieure des arts appliqués Duperré,
Bed-Deum fait ses premières armes à Métal Hurlant
et à l'Expansion, il y a un peu plus de vingt ans. L'illustration
devient son gagne pain dans la presse, l'édition, et la publicité.
Mais la BD, sa grande passion, subit les influences pêle-mêle
des : années trente, Kafka, Moebius, de la culture japonaise.
Beb-Deum riche de huit BD à son actif, parmi lesquelles : Région
étrangère, L'Album, Bürocratika,
éditées à la fin des années quatre-vingt
par Les Humanoïdes Associés, Ma vie est un bouquet de
violettes (1992, Albin Michel), La Théorie des dominos
(1997, Casterman). Son dernier livre, Eloge de la moue (1999,
Editions Hélène Chantereau & P.M.J. Editions), fonctionne
comme un autoportrait… "Je fais souvent la moue",
dit-il pince-sans-rire. Compilation de dessins traditionnels et d'images
numériques, Eloge de la moue recueille une galerie caricaturale
de portraits gris et veloutés, accompagnés de textes remplis
d'humour. Même en face à face avec son Macintosh, Beb-Deum
fait la moue: "J'adore et en même temps je déteste
l'ordinateur. Il n'y a pas de demi-mesure. Pour moi, l'ordinateur, c'est
le pied ou c'est l'envie de tout péter." Ce dernier
le lui rend bien…
Beb-Deum s'est formé tout seul - les galères, il connaît.
Malgré tout, ce nouvel outils l'a conquis : "L'ordinateur
ouvre des perpectives vertigineuses ! C'est un outil idéal pour
obtenir des tons fondus du plus bel effet, réaliser des montages
audacieux et triturer la typographie. Si la forme d'une main ne me convient
pas, je peux la modifier en deux minutes. Avant, pour effectuer mes
retouches, je découpais des bouts de papier, je réalisais
des collages abracadabrants et laborieux, c'était sale ! Photoshop
est venu à mon secours."
Beb-Deum signe sa première image numérique chez Libération
en 1998, dans le "Cahier multimédia" hebdomadaire.
"Je commence systématiquement par dessiner un croquis
au format. Un fois scanné, je le récupère dans
Painter, je pose un calque sur l'image et je reprends mon dessin en
durcissant le trait. Puis je passe très vite à la couleur.
Mon outil de prédilection reste tout de même l'aérographe.
Lorsque je représente un personnage, j'utilise l'outil Pastel
afin de pourvoir à la peau un grain. J'aime les textures - je
les fabrique moi-même. J'aime le métal, les murs, les tissus…"
Un brin réaliste ? "Je fais poser ma fille, ma compagne…
Mais mon premier modèle, c'est moi. Je crois que le meilleur
moyen d'atteindre les autres, c'est d'abord de parler de soi."
Cyril
Cavalié
Computer Arts octobre 1999